Nadiya, Hélène, Carla, Maria et Anaïs organisent chez elles —dans une ambiance «conviviale»— des gang-bang avec boissons, amuse-gueules et surtout sexe sans capote, pour une participation aux frais variant entre 50 et 100 euros. Quid des frais de couronne mortuaire ?
Sur le site Love Gang Bang, les petites annonces sont explicites : «J’ai très envie de m’amuser», proclame Nadiya, qui oublie de mentionner qu’elle a aussi très envie de mourir. Une blonde nommée Cum-girl («fille à sperme») affirme : «J'aime me faire baiser queue nue et sentir le sperme couler dans mes orifices. J'organise mon prochain GANG-BANG 100% NO KPOT. Age et physique sans importance seule votre semence m'intéresse.» Kenza dont le surnom est «pute no capote» invite également les hommes à se «vider» en elle «sans tabous».
Quant à Chriss, elle précise : «Avec ma copine Véro, nous allons profiter à 100% de tes pénétrations (vaginales et anales) et j’avalerai le sperme de tous.» La moitié des annonces mentionne explicitement qu’il s’agit de soirées bareback. Pour information, le mot bareback est un terme d'équitation propre au rodéo. Bareback désigne à l’origine le fait de monter «à cru» un cheval, sans selle ni étriers. Le cheval a donc le dos nu (bare back).
Pour moi qui fait partie de la génération sida —celle de l’hécatombe— il est impossible de lire ces textes sans colère. Impossible également de rester indifférente quand je lis qu’en octobre dernier, il y a à peine plus d'un mois, le Banque Club, club du 8ème arrondissement de Paris, a réservé ses locaux pour l’organisation d’une soirée bareback dédiée au sexe sans préservatif.
«C’est la première fois qu’une telle soirée est organisée dans un établissement gay de la capitale, commente l’association Act Up. Pour se rendre à cette soirée, les participants devaient s’inscrire sur internet moyennant 18,50 euros pour recevoir l’adresse de l’établissement. L’événement présenté comme une soirée privée «totale BAREBACK et Trash» était organisé par le site squatNoK ("le squat des barebakers français et francophones").» En réaction, une quinzaine de militant(e)s d’Act Up-Paris ont défilé devant le Banque Club, aux cris de «Complice du sida», «Non au bareback business», «Ici la vie d’un pédé ne vaut rien».
Hélas, il semblerait que beaucoup de personnes trouvent le comportement d’Act Up abusif. Vouloir empêcher les gens de s’entre-contaminer ? Quelle scandaleuse «ingérence» protestent certains séropositifs, qui militent pour le droit de «plomber» tous les volontaires à la «fécondation». «L’idée de plomber peut être entendue comme l’idée de transmettre le HIV (et d’autres MST), explique un de ces défenseurs sur le site BarebackZone. Je pense pour ma part que c’est surtout l’utilisation d’une réalité morbide mise au service du plaisir ! Une manière fantasmée de transformer le plomb en or !»
A noter : le surnom de ce défenseur contient l’expression (déjà vue plus haut) «No tabou». Pour les adeptes du bareback —qu’ils soient hétéros ou homos—, le message est donc clair : baiser sans capote, c’est faire la révolution. Par cet acte soi-disant «subversif», ils revendiquent le droit de faire ce qu’ils veulent de leur vie… Un pied de nez au conformisme ambiant, probablement. Parce que c’est tellement «conformiste» de tenir à la vie, la sienne et celle des autres.
A Sida Info Service, on m’assure que j’exagère. «On», c'est-à-dire, la personne (une femme) qui répond aux appels. Le risque de mourir du sida serait maintenant très réduit : la médecine a fait des progrès, me dit-on, lorsque j'appelle le numéro vert (0 800 840 800). «Il n’y a que 5 à 6% d’échec thérapeutique», c’est-à-dire que 5 à 6% «seulement» des personnes ayant été contaminées peuvent passer en «phase» sida et décéder. Quant aux séropositifs qui font l’amour entre eux sans capotes, ils ne font guère que se «surcontaminer», c’est-à-dire se transmettre des virus de souches différentes, «ce qui peut entraîner des phénomènes de résistance au traitement». Pas de quoi s’inquiéter donc (si j'en crois ce qu'on me dit). Les risques, encore une fois, ne sont guère plus élevés que… de fumer trois paquets de cigarette par jour. (C'est eux qui le disent ?)
Libre aux gens d'avoir des pratiques à risque. Qu'ils se rendent malades s'ils veulent, mais qu'ils ne demandent pas à la société de payer pour eux. Qu'ils foncent dans des platanes. Qu'ils sautent du troisième étage. Qu'ils embrassent des serpents venimeux, même… Mais qu'ils le revendiquent comme une forme de plaisir et de transgression ? Je ne comprends pas le plaisir qu'il y a à se rendre dépendant de médicaments et devenir un assisté à vie.





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